Update (23/11/2024) : Cet article est problématique dans le sens où les sources qui sont cités sont problématiques et que je n’ai pas assez dit la nuance à prendre là dessus. En confrontant d’autres sources je ne suis plus aussi fermé dans les termes bien que je ressens encore des résistances à des questionnements que je n’ai pas encore élucidé, ni réussi à verbaliser correctement.
Dans cet article, j’ai souhaité débunker les différents termes utilisés pour parler de la République Démocratique du Congo “génocide/genocost”, “guerre africaine”, “6 millions de morts”, “guerre RDC/Rwanda”. En effet, lorsque l’Afrique du Sud a saisi la Cour Internationale de Justice contre Israël pour génocide dans la bande de Gaza, j’ai vu sur les réseaux sociaux de nombreuses personnes pro-palestiniennes vulgariser la notion de génocide dans le droit international. Par contre, les personnes préoccupées par la situation en RDC n’ont pas la même approche et donc pas la même rigueur. J’ai donc souhaité l’appliquer avec les différents termes qui circulent dans les réseaux sociaux, ainsi que dans les médias d’extrême gauche et/ou décoloniaux.1
Génocide car 6 millions de morts en RDC ?
De nombreux chiffres circulent, allant de 6 millions à 11 voir 12 millions de morts. Le chiffre circulant le plus est celui de 6 millions.
Bien que la circulation de ce chiffre provient majoritairement de personnes négationnistes comme Charles Onana, cela ne permet pas de déterminer la véracité de celle-ci.
Dans une vidéo de Médiapart, la journaliste Justine Brabant revient sur le chiffre 6-7 millions de morts: Elle raconte que c’est le journaliste Nicolas Kristof qui est à l’origine de ce chiffre à priori valable de 1996 à 2003 soit durant les deux guerres de la RDC.
- “Et donc qu’est-ce qu’il fait ? Il reprend cette étude de l’IRC [International Rescue Committee] qui est chiffrable autour de 4 ou 5 millions de morts. Il se dit “voilà on est a quelques années plus tard, je n’ai pas de chiffres à jour mais nous pouvons considérer que le nombre de morts a été constant depuis lors”. Et donc là il sort sa calculatrice, il fait une espèce de règle de 3 et se dit que voila à l’époque c’était 5, alors quelques années plus tard on est arrivé à 7 millions de morts… Alors je… je conteste ce chiffre, je dis en tout cas que les humanitaires s’accordent à dire qu’il s’agit de plusieurs millions de morts…”
Etant donnée que pour l’instant il n’existe pas de chiffre officiel sur le nombre de morts, qu’aujourd’hui les “6 millions” avancés par des journalistes ou les réseaux sociaux ne donnent ni de source, ni de contexte de temporalité, je refuse d’utiliser ce chiffre.
Si nous ne pouvons pas parler de “6 millions de morts”, l’absence de chiffre ne peut invalider à lui seul l’utilisation du terme “Génocide”.
Comment définir le Génocide Congolais / Génocost ?
Le terme “génocide” circule majoritairement sur les résaux sociaux et médias décoloniaux, et de manière plus limité dans les médias dit “mainstream”.
L’article II de la Convention sur le génocide contient une définition étroite du crime de génocide, qui conjugue deux grands éléments :
- un élément psychologique : « l’intention de détruire, en tout ou en partie, un groupe national, ethnique, racial ou religieux, comme tel », et
- un élément matériel, qui comprend les cinq actes ci-après, énumérés de manière exhaustive :
- le meurtre de membres du groupe
- des atteintes graves à l’intégrité physique ou mentale de membres du groupe
- la soumission intentionnelle du groupe à des conditions d’existence devant entraîner sa destruction physique totale ou partielle
- des mesures visant à entraver les naissances au sein du groupe
- le transfert forcé d’enfants du groupe à un autre groupe
Parler de Génocide Congolais en 2023, reviendrait à dire que le génocidaire (ici supposé le Rwanda) a l’intention de détruire le groupe national congolais, c’est à dire toutes les ethnies que constitue ce groupe. En effet, ce n’est pas le nombre de morts d’un groupe qui définit un acte génocide, mais bien l’intention de base et sa domination/l’ascendance sur le groupe.
Des indices d’intentions pourraient être multiples : avec par exemple des discours de haine anti-congolais, ou des camps de concentration institutionnelles sur les congolais, des meurtres sur des congolais…
Jusqu’à présent, seule les discours de haine et des crimes ethno-raciales envers une communauté congolaise nommé Banyamulengue se trouvent surtout au sein de l’institution congolaise et de sa population. Car cette communauté est considéré comme Rwandaise et non Congolaise. Le Rwanda n’a pas à ce jour eu de discours supposé de haine anti-congolais.
Les camps de concentration pourraient-ils être associés à l’exploitation des mines se situant au Nord-Kivu ? L’intégralité des milices qui les exploitent sont des milices congolaises (FARDC, wazalendo, FLDR, Ituri, M23…). La présence de soldats Rwandais au Congo n’est à ce jour pas vu comme un contrôle du Rwanda des mines.
Concernant les meurtres sur les congolais, c’est aussi une guerre où ce sont différences milices congolaises qui sont à l’oeuvre (FARDC, wazalendo, FLDR, Ituri, M23…). Si l’ONU pointe le soutien du Rwanda au M23, cela ne rend pas le M23 Rwandais. En effet, le soutien de la France à l’Ukraine ne rend pas les Ukrainiens Francais, ou le soutien des USA à Israël ne rend pas les Israëliens Américains.
Dans le cas du Rwanda, je n’ai vu aucun élément constituant une preuve ou indice d’intention de détruire la population congolaise. Par conséquent je refuse d’utiliser le terme génocide congolais.
- Que veut dire Genocost ?
Selon le site genocost . org :
“Geno-cost signifie « le génocide pour des gains économiques ». C’est une combinaison de Génocide et Coût. Nous avons choisi ce terme pour expliquer la nature/l’aspect économique du génocide en RDC. Ceci dévoile le discours trompeur, souvent mené par de certains médias, soutenant que les conflits tribaux ou ethniques sont la cause première du Génocide et de l’instabilité au Congo.”
J’ai un énorme problème avec ce mot qui se veut être spécifique au Congo : parler de génocide pour des gains économiques reviendrait-il à dire que les autres génocides commis jusqu’à aujourd’hui n’ont pas de gains économiques ? Que ce soit le génocide des juifs, des tutsis, des rohingyas, je vois qu’ils ont ces deux points communs :
- les gains économiques (par le travail forcé, l’appropriation des ressources suite aux meurtres…)
- les discours de haine (antisémitisme, islamophobie, hamitisme, …)
Nous avons également ces mêmes points communs avec les palestiniens et les ouighours.
Ne serait-il pas essentialiste d’associer le rwandais (voir le tutsis) à l’argent comme on associe le juif à l’argent, voir l’immigré à l’AME ? Le terme genocost me parait fortement essentialiste.
L’éthymologie Génocost a, au vu des investigations duckduckgoesque que j’ai effectuées, est un terme initialement créé par l’ONG Friends of the Congo FTOC. Créé en 2004, malgré leur mission supposé”pacifiste”, leur discours est un discours de haine envers les personnes supposées rwandaise, ainsi qu’une pensée négationniste sur le génocide des tutsis au Rwanda.
Nous ne devons pas relayer les informations de Friends of Congo / Congofriends sur instagram.
Est-ce une guerre entre la RDC et le Rwanda ?
Concernant la guerre contre le M23, si l’ONU pointe le soutien du Rwanda au M23, cela ne rend pas le M23 Rwandais. En effet, le soutien de la France à l’Ukraine ne rend pas les Ukrainiens Francais, ou le soutien des USA à Israël ne rend pas les Israëliens Américains.
Peut-on quand même considérer que le M23 est manipulé par le Rwanda, dont le seul but du Rwanda est d’avoir la main mise sur les minerais ? Dans ce cas, qu’est-ce qui fait que le M23 soit manipulable (et bête) ? Le M23 est majoritairement composé de banyamulengue, dit tutsis congolais. Le documentaire arte “RDC : M23, la guerre sans fin” donne partiellement la parole au groupe M23 :
- le chef de l’armée (env 4m30) : “Monsieur Tsishekedi a tenté de créer un Etat de génocide ici chez nous. Il tente de faire une épuration ethnique parce que les gens qui sont aux environs de ces entités aussi parlent le kinyarwanda… Et que lui considère comme étant des rwandais qui ne sont pas des congolais qu’il faut éradiquer”
De manière générale, les journalistes occidentaux ne parlent pas du tout du problème ethnoraciale avec les congolais percues comme rwandais. Pas même ce documentaire qui n’a pas cherché à vérifier les dires du chef en mettant au conditionnel toute les accusation de discrimination anti rwandophone congolaise. De même, la journaliste Justine Brabant (Mediapart) ne relaye pas du tout une parole de congolais diverse. Pourtant il y a de nombreux comptes sociaux en France qui ont pendant un long moment associé le “tutsi” au rwanda. En France des pancartes écrits “Tutsis hors de chez nous” lors des manifestations #FreeCongo, notamment relayé par le compte instagram Team RDCongo. En RDC, la communauté banyamulenge s’est vu retiré leur citoyenneté congolaise et il y aurait donc de ce fait un racisme institutionnelle. Sur X, Teddy Mazina relaye de nombreux témoignages de crimes envers les rwandophones, et de vidéos de crimes choquantes.
Si la fin de la guerre et par conséquent la paix est souhaitable, celle-ci ne se fera pas sans la libération de tous les peuples congolais, y compris les congolais rwandophones.
Pour toutes ces raisons, je souhaite privilégier parler de guerre civile en RDC, et non de génocide en RDC.
Qu’en est-il des preuves de l’ONU ?
La presse relaye massivement “selon les rapports de l’ONU” pour pointer les crimes du M23, ainsi que la complicité du Rwanda vis à vis du M23. Mais elle ne relaye pas les crimes qui seraient commis par les autres milices et armées de l’Etat. Il serait intéressant de faire un arpentage sur ces rapports et checker leurs sources, annexes, etc, sur l’ensemble des milices et armées dont ils pointent les crimes et non seulement le M23.
Selon moi, l’ONU n’est pas neutre dans la RDC car fortement impliqué par :
- la présence de la MONUSCO, qui est l’armée de l’ONU,
- les crimes commis par la MONUSCO, mais dont nous ne pouvons avoir de missions indépendante qui enquête sur celle-ci,
- la complicité de l’ONU dans le génocide des tutsis en 94 (par son retrait des troupes), et son implication dans l’opération turquoise.
C’est pourquoi il est important de vérifier les sources de l’ONU. Que je n’ai pas fait jusqu’à aujourd’hui.
- Comment mieux parler de la situation en RDC ?
Après avoir énuméré toutes ce failles, cela ne dit pas forcément de quelle manière il faudrait parler de cette guerre dont les intensités ont décuplés depuis 2020. Mon but n’est pas non plus de silencier l’expropriation des minerais, ni les agressions sexuelles des femmes qu’elles peuvent subir à cause de cette guerre. Mais à quoi cela servirait si les dénonciations que l’on feraient empiraient la situation en stigmatisant une partie de la population congolaise ? C’est pourquoi je ne souhaite partager aucune information provenant de comptes propageant des discours de haine, quand bien même il y aurait des propos pertinentes. Ou si elle est partagé, bien nuancer que d’autres propos de l’auteur ou collectif est problématique.
Pouvons nous être nous même le relayeur de certaines informations ? Avec nos propres mots et langage ? Sans discours de haine ?
- Update du 5/11/2024 : Ajout de l’introduction ↩︎